La Chouette, Partie 2

Adi se réveilla dans la sueur de sa chambre sombre et humide. À la fenêtre, les branches et les feuilles d’un immense arbre dansaient suavement, comme des algues secouées par le courant d’une mer agitée. Aucun mouvement de cette chevelure ondulée n’était saccadé, tout semblait couler et remuer dans un cycle sans cesse répété et différent.

« Au fond, qu’est-ce qui me permet de dire que cet arbre est un faux, si ce n’est en me fiant aux dires de quelques biotechniciens l’ayant programmé pour durer éternellement malgré la sécheresse ? se demande Adi. Je passe mon temps à me dire que ce monde fait semblant d’être ce qu’il est, je n’y perçois que de l’imitation, du code, mais… qu’est-ce que cela change à ma vie dès lors que, par l’expérience, de temps à autres, j’aperçois des algues qui se déhanchent dans les branches ? »

Le savoir était détenu par les andros et quelques biotechniciens en chef. Les autres alternaient, tout comme elle, entre désillusion de percevoir un monde entièrement fake et résignation de se dire que, finalement, le fake était bien « vrai » à sa manière.

« À quoi sert le fake, si ce n’est précisément à ressembler au vrai ? Que cherche-t-on chaque jour en s’habillant, en changeant de ton dans la voix, en se rappelant un voyage d’enfance à la vue d’une petite fontaine, que faisons-nous si ce n’est chercher à ressembler et à voir des ressemblances, à montrer et voir l’invisible ? Le fake n’est pas le contraire du vrai, il n’en est qu’une variation, une expression. Si les arbres biotech fleurissent à travers la ville, ce n’est pas pour donner une sensation de nouveau, de faux, de surfait, c’est au contraire pour imiter le vrai, l’ancien, car après tout l’ancien est toujours vrai et a toujours raison pour l’âme humaine. L’ancien a le mérite d’avoir existé quand le nouveau a tout à prouver. Lorsque je postule à des subventions, on me demande encore les originaux de mes diplômes, alors même que je ne les ai jamais vus que sous forme numérique et que je peux les copier à l’infini. C’est quoi, l’original, dans ce monde, le vrai qu’on cherche à tout prix à instituer en inventant des règles absurdes ?»

Elle continuait à divaguer au milieu de la nuit brumeuse – la nuit noire qui rendait aveugle n’existait plus depuis longtemps, à part dans quelques rares déserts abandonnés par la vie, chez les feu Navajo du Sud-Ouest américain ou les anciens Algonquins du Nord, qui finirent par s’éteindre dans ces lieux sauvages que les Occidentaux avaient isolés sciemment. Le secteur des monades numériques et la biotech travaillaient actuellement sur un moyen de modifier le ciel à la guise de chacun, sans se gêner les uns les autres, une sorte de multi-réalité céleste. La seule solution qui existait actuellement pour contempler la voûte étoilée était les lunettes invisibles, les gloglass qu’Adi se refusait catégoriquement à porter – sauf quand le vague souvenir des étoiles que ses parents lui avaient raconté remontait à la surface – car elle ne supportait pas l’idée d’une réalité uniquement perçue par elle. Être la seule à expérimenter ce corps était déjà assez lourd et, depuis peu, elle avait les corps d’autres individus à gérer en plus de son tas de nerfs.

Les étoiles qu’elle n’avait jamais connues lui manquaient de temps à autres. Durant son enfance, ses parents ne lui avaient jamais mis de gloglass devant les yeux, peut-être plus par peur que par conviction politique. Elle l’avait fait dans son coin au début de son adolescence, même si, alors, le ciel étoilé avait plus des airs de jeu vidéo old school que de réalité physique. Quand elle mettait les gloglass, à cette époque, elle se sentait partir loin, très loin dans un lieu sans repères. Elle s’allongeait sur son lit et plongeait tête la première dans le cosmos numérique, faisant de grandes brasses au milieu des constellations dont elle ne saisissait pourtant pas grand’ chose si ce n’est qu’elles étaient inatteignables. La phrase d’un vieux prophète revenait souvent à ses oreilles, elle ne se souvenait pas d’où elle la tirait mais cela sonnait comme une pensée irrévocable : « Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point. Par la pensée, je le comprends. ». Avec l’âge et la réflexion, la peur de ses parents l’avait presque totalement contaminée.

Toujours allongée, elle venait de remarquer qu’elle se grattait machinalement tout en contemplant l’arbre et laissant son esprit divaguer. Ses doigts semblaient eux aussi vouloir prendre part à la réflexion, s’enfonçant dans son cuir chevelu, passant au crible son dos, ses épaules, ses pouces… Ce qu’elle avait eu coutume d’analyser comme le comportement d’une anxieuse chronique était peut-être plus profond que cela. En enlevant les peaux mortes, en lissant les impuretés frénétiquement, ses doigts aux ongles longs comme des bouts de pinceaux participaient inconsciemment de cette sculpture de soi si chère à Plotin.

Elle décida d’aller prendre une marche. Pour les esprits agités, la marche avait une fonction thérapeutique reconnue par le Ministère du Bien-être, mais celui-ci préconisait l’utilisation des gloglass réglées sur un paysage idyllique, une île déserte ou un quelconque environnement pur et immaculé, dans lequel l’on pouvait croiser des fake animaux – imitant ceux que l’on jugeait plus vrais et anciens que les autres. Caresser des fake animaux était aussi particulièrement conseillé pour développer ses habilités sociales et empathiques.

Adi aimait les marches nocturnes. Sous le brouillard épais, elle se sentait comme un poisson en pleine mer nageant sous un ciel houleux. Elle avait une conscience brouillée de la réalité qui se trouvait derrière ce tas de nuées grisâtres et elle tenait à ce flou car lui, au moins, n’avait pas à être discuté, au contraire, il discutait tout seul et faisait foisonner l’imaginaire de ses obervateurs.rices. Adi y voyait sans cesse quelque chose de différent, voilà pourquoi elle aimait le flou.

Soudain, après quelques minutes et une succession de rues prises au hasard, elle se sentit attirée vers un coin de la ville dans lequel elle ne s’était jamais aventurée. Il faut dire que les rues n’avaient rien d’engageant, elles n’étaient parsemées d’aucune source de lumière, on ne voyait pas ce qui se passait à plus de trois mètres autour. Sur le côté droit du trottoir, un automate se tenait devant l’entrée d’une galerie d’arts un peu délabrée, et répétait à loisir ce poème, sans pause, sur un ton pourtant résolument calme :

« Unreal riverbank

A light, flowing shimmer snows

betrayed by the fog »

 

Adi trouvai un charme cynique à cette scène. L’automate était visiblement d’une classe de robots qui ne possédaient pas ce que tous les humains et androïdes avaient coutume d’appeler « conscience », cette supposée distance qu’un être a l’impression de prendre sur son vécu et qui l’amène à faire croire aux autres et à lui-même qu’il y a quelque chose de singulier, voire d’exceptionnel chez lui. Elle décida de lui adresser un sourire car il lui paraissait sympathique et que, disons-le, elle éprouvait une certaine forme de compassion pour le grand dadais métallique statique et fier dans la brume froide. Il lui répondit immédiatement :
« – Bonsoir, Mademoiselle ! Fait pas chaud, hein ? Ça vous dirait que je change de poème ? Je l’ai trop répété, lui, j’ai l’impression de le respirer… Ça vous rentre dans le circuit, au bout d’un moment. Alors, oui ? D’accord, voyons voir…

Dark foggy nighttime

A shiny machine wanders

before the feeling 

 

– C’est beau, merci, dit Adi, un peu émue. »

Puis elle continua de s’enfoncer dans le couloir de brume et de béton, un peu gênée. Elle aurait aimé faire un geste pour lui, mais en bonne rationnelle, elle savait qu’il n’avait besoin de rien, qu’il ne ressentait pas le froid humide et qu’il s’adonnait gaiement, si l’on peut dire, à ce pour quoi il avait été conçu, réciter des poèmes. Elle se sentait toutefois un peu bête de n’avoir pas osé faire un geste, quel qu’il soit. Qu’elle présuppose qu’il n’en avait pas besoin n’était pas acceptable, elle n’était pas dans son « circuit », comme il disait, elle ne savait pas d’où provenaient ces beaux haïkus. Elle ne savait pas quelle différence elle pouvait peut-être faire pour ce tas de ferraille mêlée de code. En traçant son chemin, elle avait cette vague impression qu’elle perpétuait ce qu’elle exécrait pourtant, cette manière qu’avaient les êtres de « conscience » de se mettre à part (en hauteur, de préférence) et de mettre les autres encore plus à part (en-dessous d’eux, naturellement).

Prise par ses réflexions et la brume, elle ne se rendit pas compte qu’elle approchait un quartier familier jusqu’à ce qu’elle se retrouve devant les marches rougeâtres de La Chouette. C’était fermé à pareille heure de la nuit, mais elle décida d’y faire un tour – elle disposait d’une entrée libre depuis qu’on l’avait officiellement intégrée à ce groupe dont elle ne comprenait toujours pas le but. Quoi qu’il en soit, sans ce monde drogué et bruyant autour, elle se sentait bien plus libre de divaguer, plus curieuse. Mettant de côté sa méfiance, elle monta les escaliers dans l’obscurité jusqu’à la salle de la chouette. Elle eut un pincement à la poitrine en apercevant le petit être dans son halo de fumée nuageuse. Elle compris alors qu’ « on » l’avait amenée là, que son insomnie n’était probablement pas fortuite, qu’« on » avait voulu qu’elle se retrouve ici cette nuit. Alors qu’en temps normal elle aurait probablement commencé à contracter son ventre et ses épaules, jusqu’à devenir plus compacte et crispée qu’une souris poursuivie par un chat, elle fut au contraire prise par une vague de détente en entrant dans la salle. Elle se sentit étrangement chez elle.

 

« – Dark foggy nighttime

A shiny machine wanders

before the feeling… Dark fo… »

 

La petite chouette récitait tranquillement le poème, sous un ton très similaire à celui du robot il y a quelques minutes.

 

« – Hé merde… C’était toi, le robot ?!

– Que ce fut lui ou moi, qu’est-ce que ça change ?

– Ça change que j’aime bien savoir à qui je m’adresse…

– Tu risques d’être déçue ici, dans ce cas.

– C’est quoi votre trip ici ? Rendre toute cette histoire encore plus mystérieuse et incompréhensible qu’elle l’est déjà, juste pour faire chier, c’est ça ?

– Ne serais-tu pas en train de projeter tes propres manières académiques ?

– … »

 

Adi avait la vague impression de subir une psychanalyse, cette discussion avec le vide ponctuée de remarques d’un individu dont on ne sait strictement rien, des paroles qui, bien souvent, s’immiscent dans la chair et la transforment lentement jusqu’au jour où l’on se dit « oh, je ne suis plus la même ». Elle pouvait sentir les mots de la chouette trouver un chemin dans son ventre, s’y lover comme pour entamer une gestation.

Soudain, ces mots se transformèrent en pensées incontrôlables. C’était reparti, l’intrusion.

 

« – Salut Adi, dit Rick.

– Salut… Tu m’expliques à quoi rime ce bizutage ? Me réveiller en pleine nuit, me faire errer dans des coins lugubres, franchement, c’est quoi le but ?

– Si tu crois que je suis à l’origine de ça, tu te plantes royalement. Je ne sais pas plus que toi ce qui nous amène ici. Elle, le sait… dit-il en se référant au petit animal synthétique, c’est elle le cerveau.

– C’est pas possible… Je refuse de continuer cette expérience de fous. Est-ce que tu te rends compte de ce qu’on est en train de se faire balader par un truc dont on ignore tout et dont on présume qu’elle a une raison supérieure de nous faire agir ?! Mais quelle bande de cons ! Sérieusement… »

 

La chouette coupa net la complainte bruyante d’Adi. Ce fut comme si toute pensée et tout mouvement avaient été soudainement gelés. À la place, Adi se sentit transportée dans un autre monde. Ce qui la traversa n’avait pas de nom, c’était une vitesse incommensurable, un tourbillon qui lui révéla immédiatement l’inconsistance de son être. Elle semblait faite de lambeaux de vent erratiques, toujours plus rapides. Lorsque la cadence ralentit, une série d’images fulgurantes se mit à défiler à la manière d’un film ennuyeux dont on accélère le déroulement pour tomber sur les scènes clés. Elle reconnut sa ville, Montfak, du moins ce qu’il en restait, à la petite colline surplombant les habitations. La loi qui obligeait les gratte-ciels à ne pas dépasser le belvédère du Montfak n’existait visiblement plus ; ils le dominaient largement, sans que l’on puisse dire jusqu’où ils s’élevaient à travers la brume. La ville semblait morte, de la poussière volait violemment, brisait des vitres ça et là, emportait des débris d’objets et de matière qu’on aurait dit organique. Elle se retrouva ensuite dans un endroit inconnu, à l’intérieur d’une grande maison en pierres noires. Au dessus de la cheminée, une photo brunie mettait en scène une femme aux cheveux bouclés, probablement châtains, un grand sourire bienveillant et sincère, le regard clair tourné vers la gauche. Adi se sentit bouleversée par ce visage. Puis une immense explosion secoua la Terre, la maison, le portrait, tout partit en fumée en un instant. Adi flotta un moment dans une sorte de néant, comme si elle se trouvait à présent au fin fond de l’espace. Le froid lui gelait les os, colonisait toutes ses sensations uniformément. Elle sentit que c’était la fin de son monde. Elle aperçu une planète au loin, la Terre, qui rougissait, gonflait. Puis un flash aveuglant.

 

Des extraterrestres ont envahi la Terre. Semblables à de gros tas de neiges qui flottent, ces êtres blanchâtres et fumeux utilisent les organes humains, des cœurs vidés de leur sang, pour communiquer entre eux. Lorsqu’ils communiquent, une onde de lumière rouge apparaît dans leur corps.

 

L’alarme du cell retentit. « Ce n’est pas mon rêve », se dit aussitôt Adi en se levant, la tête emmitouflée dans ce brouillard matinal qui, pendant certaines journées plus difficiles que d’autres, persiste jusqu’à la nuit et lui donne l’impression de ne pas être tout à fait de ce monde. Aujourd’hui, elle ne pouvait pas vraiment se permettre de traîner au lit, elle avait une réunion de planification stratégique avec tou.te.s ses collègues du département, andros compris. Il fallait passer la matinée à suivre le procès verbal imposé par le Ministère, à écouter les petites plaintes des un.e.s, à faire semblant de se battre contre des directives que tout le monde appliquerait plus ou moins dans la pratique. L’après-midi était généralement dédiée à des questions de recherche débattues collectivement. « Autrement dit, une journée à rien foutre », pensa Adi.

Les réunions de travail ou les colloques avaient très souvent une saveur amère pour elle. Ceux-ci auraient pu être l’occasion de partages, d’éveil collectif, mais ils étaient le plus souvent des mises en scène d’egos fragiles, ces pauvres hologrammes dont la consistance s’affaissait dès qu’un regard ne convergeait plus vers eux. Sa collègue Kate était particulièrement fatigante. Elle remuait la tête dans tous les sens, tel un furet cherchant où fourrer le museau, un petit sourire au coin de la lèvre, comme pour signaler qu’elle avait du recul sur ce qui était en train d’être dit. Elle finissait chacune de ses phrases par « right ? ». Elle n’hésitait pas à interrompre celui ou celle qui intervenait pour lui demander de parler plus fort ou distinctement, par respect pour les autres. Cet après-midi ne faisait pas exception. Adi était assise à la grande table de réunion, avec ses collègues du département de philosophie. Un véritable festival se déployait devant ses yeux pas encore assez blasés pour ne pas ressentir une profonde colère. « Je peux comprendre pourquoi le gouvernement veut fermer ce département, au fond, se dit-elle. On ne fait rien à part creuser dans la boue et tenter d’être celui qui creusera le plus loin. On ne sert à rien. »

C’est à qui parlerait le plus de ses publications lues, avec un peu de chance, par quelques collègues ou ami.e.s et n’intéressant généralement pas grand monde à part soi. Cette journée-là, Adi fut même surprise de constater le sursaut de jalousie qu’éveillait chez ses collègues le fait que sa recherche soit maintenant « leadée » par Ji, l’andro. Si tout le monde collaborait avec un.e andro, cellui-ci n’était pas encore désigné.e pour diriger leur recherche. Le cas d’Adi faisait partie de ces nouveaux types de « contrats d’avenir » qui étaient présentés comme le signe d’un intérêt gouvernemental particulier pour certaines recherches mais, dans les faits, ressemblait plus à une mise au placard.

 

« – Toi, Adi, tu as été choisie par le gouvernement, tu sais que tu vas avoir de quoi assurer tes fins de mois jusqu’à la fin de ta vie…, dit Kate.

– Oh, c’est vraiment ce que tu penses, que j’ai de la chance d’être prise en otage par le gouvernement, de ne plus faire le quart de ce pour quoi je me suis engagée dans ce boulot ? Mais prends mon poste, je t’en prie !

– Adi…, Beck essaya de la tempérer. Kate dit juste que tu as une stabilité que d’autres n’ont pas.

– Mais de quelle stabilité vous parlez ?! Mon contrat se termine dans six mois, le temps que le Ministère prouve mon inutilité par rapport à Ji, et c’en est fini pour moi ! Vous n’avez pas encore compris que c’est le plan ? rétorqua Adi, cachant mal son bouillonnement qui, dans ce genre de conversation supposément rationnelle, la décrédibilisait aux yeux des autres.

– Dans les faits, ajouta Kate, tu as signé un contrat qui te permet de demander à la fin de tes 6 mois un autre 6 mois, dans les mêmes conditions et sur un sujet différent, et ça à l’infini, right ? C’est différent pour nous, qui sommes pour l’instant assignés au même sujet de recherche et pouvons être mis à la porte sans préavis. Dans ce cas-ci, je crois que, oui, ta situation est plus enviable. De plus, tu bénéficies de l’expertise de renom de Ji. (Elle adressa un sourire on ne peut plus faux à Ji, qui se contenta de prendre des notes.)

– Bon, intervint John, je ne suis pas sûre que l’objet de la séance est de comparer nos situations salariales, mais plutôt de trouver une solution collective à un problème récurrent. Le nombre de bureaux a été divisé par deux en trois mois, et nous sommes maintenant plus de la moitié à devoir partager ce qui n’était déjà pas un espace très vaste. »

 

Au moment de la pause, John rejoint Adi qui prenait l’air dans la biosphère. Le bâtiment du département, qui datait de l’après-Initiative, consistait en une grande tour grise de plus en plus délabrée. Le seul endroit encore agréable restait la biosphère, une grande cour sphérique remplie de végétation et de fake animaux, encerclée de lampes solaires à haute radiation, qui reproduisaient des conditions qu’on avait appelé il y a longtemps « tropicales ». C’était le « terrain de jeu » du département des sciences occultes qui « s’amusait » (selon les termes du gouvernement) à reconstituer les conditions biologiques de l’avant-Initiative et l’interaction humains-fake animaux-végétation. Les rares visiteurs.euses étaient ainsi toujours bien accueilli.e.s par les chercheurs.euses, puisqu’illes contribuaient en quelque sorte au bon fonctionnement de leur recherche. Adi, qui aimait l’idée de servir aux autres plutôt qu’à elle-même, y restait parfois de longues heures.

 

« – Dis donc, ça sent le moisi dans cette serre, dit John.

– Ouais, ça shlingue, mais c’est le seul endroit chaleureux dans ce putain de bâtiment. Right ?

– Le pire, c’est que Kate t’apprécie, tu sais.

– Tu m’en vois ravie.

– Je commence à te connaître, Adi. Je sais que ton cynisme est une manière d’être, mais que tu cherches des solutions…

– Contre ce monde de merde. Oui, sûrement.

– On n’a pas discuté depuis le dernier soir à la Chouette… J’aimerais savoir ce que tu as pensé de ce voyage cosmique et, surtout, de ce portrait…

– Pardon ?

– Jeudi, quand la chouette t’a fait venir au QG en plein milieu de la nuit et qu’elle nous a tous les deux téléportés dans le futur.

– Je… j’étais chez moi, John. Je ne me souviens pas de ce dont tu me parles.

– Oh… Vraiment ? J’ai retrouvé le portrait en question, attends. »

 

Il sortit de sa poche de veste une photo en piteux état et lui montra. Cette femme, elle l’avait déjà vue quelque part, mais impossible de savoir où et quand. Une grande émotion la saisit en se plongeant dans son grand sourire radieux. Elle eut le sentiment absurde de retrouver quelqu’un qu’elle avait cherché toute sa vie, elle voulait courir à travers cette photo pour l’enlacer et ne plus jamais la quitter, ne plus jamais être loin de cette présence quasi divine.

 

« – Où as-tu trouvé ce portrait ?

– Hum, il ne fait pas bon raconter ces choses là dans un bâtiment public. Retrouve-moi ce soir, 19h00 au QG, si ça te va.

– Ok. Pourquoi je ne me rappelle pas ce que tu me racontes ?

– Je ne sais pas. Ça fait peut-être partie des stratégies de la chouette. On a tou.te.s des rôles différents dans ce qui se prépare et on n’y est pas exposé de la même façon… Je te dirai ce que je sais ce soir. »

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