Regarder dans le vide

Ne rien faire, rien, du tout. Ne rien foutre, comme pendant l’enfance, après une année d’école, lorsque les journées d’été s’amoncelaient à perte de vue et qu’on ne s’embarrassait pas de prévoir autre chose que jouer. Quand on avait le temps de regarder dans le vide et s’emmerder.

S’amuser à cultiver le vide, le trou blanc, cet état qui ne demande rien d’autre que d’être traversé par le monde et s’y lover. Il en faut, de l’énergie ou du dépit, pour s’accorder cet essentiel. Oui, lorsque l’on cultive le vide, on se rend rapidement compte que rien d’autre n’importe plus que cet état de suspension, de vol léger comme l’éther.

Le rien en suspension rend à nouveau tout possible, à commencer par s’emmerder, sans être pressé.e par l’urgence de l’action, ou pire, de la « pro-activité ». Être suspendu.e, c’est flotter paisiblement dans le mouvement, comme un nuage, s’éterniser dans un temps linéaire qui donne trop souvent l’impression aliénante d’une course contre la montre de l’hydre capitaliste.

Être suspendu.e, c’est peut-être aussi résister tranquillement aux injonctions au bien-être que notre cerveau, nourri aux publicités de yoga, nous ordonne. C’est avouer à soi-même et aux autres avec délectation qu’on ne fout strictement rien, sans se sentir rebelle.

Alors, ce qu’on appelle le temps prend une tout autre consistance, se vide et devient fluide comme l’eau. Ce temps-là que je m’accorde, quand je regarde dans le vide, je ne le possède pas, je ne le quantifie pas, je flotte dedans et j’y nage le crawl.

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